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Logement fonctionnaire

Qui garde le logement de fonction quand le couple se sépare ?

Qui garde le logement de fonction quand le couple se sépare ?

Divorce et logement de fonction : le logement appartient à l'employeur, pas au couple. Le mari ou l'épouse agent en reste l'occupant en droit, mais le juge aux affaires familiales pourra attribuer la jouissance du logement familial à l'autre conjoint et aux enfants pendant la procédure de divorce.

Que devient le logement de fonction après la rupture ? La réponse dépend du titre d'occupation, de la décision du juge et de la situation financière de chaque époux. La question juridique se pose dans des milliers de familles de fonctionnaires : gendarmes logés en caserne, gardiens, directeurs d'école, personnels hospitaliers d'astreinte. Le logement de la famille n'est ni loué sur le marché immobilier privé ni acheté avec un prêt immobilier : l'administration le met à disposition en raison de l'emploi de l'un des époux. Ce lien avec la fonction change le sort du logement au moment de la séparation, et il faut distinguer deux temps : la vie commune qui se défait, puis le prononcé du divorce.

Pourquoi le logement de fonction n'est pas un logement comme les autres

Pour un couple locataire d'un logement ordinaire, l'article 1751 du code civil règle presque tout : chaque époux est titulaire du bail, quel que soit celui qui l'a signé et quel que soit le régime matrimonial. Service-public.fr le rappelle en ces termes : c'est au juge de décider à qui revient le bail en cas de divorce. Pour un couple propriétaire, le bien immobilier entre dans le partage des biens, en communauté ou en indivision.

Le logement de fonction échappe à ces deux schémas. Dans la fonction publique, il est accordé de deux façons, décrites sur notre page consacrée au logement de fonction, ses droits et son attribution :

  • la concession par nécessité absolue de service, quand l'agent ne peut accomplir son service sans être logé sur place ;
  • la convention d'occupation précaire avec astreinte, quand l'agent doit être joignable et disponible sans que sa présence permanente soit indispensable, moyennant une redevance calculée sur la valeur locative.

Dans les deux cas, le titre d'occupation est personnel à l'agent, précaire et révocable. L'administration n'est pas partie à la procédure de divorce : elle a logé un agent, pas une famille. C'est le premier point à retenir, et il pèse sur tout le reste.

Pendant la procédure : que peut décider le juge aux affaires familiales ?

Tant que le mariage n'est pas dissous, le logement de fonction reste le logement de la famille. L'article 215 du code civil interdit à un époux de disposer seul des droits par lesquels ce logement est assuré. Concrètement, l'époux agent ne peut pas renoncer à sa concession ou demander une mutation dans le seul but de priver son conjoint et ses enfants d'un toit sans que la question soit posée au juge. Il ne peut pas davantage changer les serrures : quitter le domicile conjugal reste une décision personnelle, pas une expulsion.

Depuis le 1er janvier 2021, l'ordonnance de non conciliation n'existe plus : la réforme du divorce l'a remplacée par une audience d'orientation et sur mesures provisoires. C'est à ce stade que le juge aux affaires familiales statue, en application de l'article 255 du code civil, sur la jouissance du domicile conjugal. Il peut :

  • attribuer la jouissance du logement à l'un des époux, à titre gratuit ou moyennant une indemnité d'occupation ;
  • fixer un délai pour que l'autre époux quitte les lieux, souvent de quelques semaines ;
  • organiser la résidence des enfants et la pension alimentaire en tenant compte du lieu de vie retenu.

Rien n'interdit au juge d'attribuer la jouissance du logement de fonction au conjoint qui n'est pas agent, notamment quand les enfants y sont scolarisés et que l'agent peut se reloger plus facilement. La cour de cassation a d'ailleurs admis, dans un arrêt de sa première chambre civile (cassation 1re chambre civile) régulièrement cité par les avocats en droit de la famille, que la protection du logement familial s'applique aussi à un logement attribué en raison de l'emploi d'un époux dès lors qu'il sert exclusivement à l'habitation du couple. Cette attribution provisoire règle les rapports entre époux. Elle n'engage pas l'administration, qui conserve le pouvoir de reprendre le logement si les conditions de la concession ne sont plus réunies.

Le logement de fonction après le prononcé du divorce

Une fois le jugement de divorce prononcé, la situation se simplifie, et souvent au détriment du conjoint qui n'est pas agent. Le logement de famille disparaît en tant que tel : il ne reste qu'un logement accordé à un agent pour l'exercice de ses fonctions. Plusieurs cas se présentent.

L'époux agent reste en poste

Il conserve la concession ou la convention, qui lui est personnelle. L'ex-conjoint qui y habitait encore doit partir, dans le délai fixé par le jugement ou, à défaut, dans un délai raisonnable. Le juge peut tenir compte de cette perte de logement dans l'appréciation des besoins de chacun, notamment pour la prestation compensatoire.

L'époux agent quitte ses fonctions

Mutation, départ à la retraite, disponibilité : la concession prend fin avec la fonction qui la justifiait, et la famille entière doit libérer les lieux. Les règles de sortie sont détaillées sur notre page sur la fin du logement de fonction et le départ des lieux. Un divorce en cours ne suspend pas ce départ : l'administration a besoin du logement pour le successeur.

Les deux époux sont agents du même service

C'est le cas de certains couples de gendarmes ou de gardiens. La concession est alors accordée à l'un d'eux, et la séparation oblige souvent le service à reloger l'autre. Il faut prévenir la hiérarchie dès que la séparation est décidée, sans attendre le prononcé du divorce.

Situation du logementQui en est titulaireSort après divorce
Bail d'habitation classiqueLes deux époux (article 1751)Attribution du bail par le juge à l'un des époux
Bien immobilier commun ou en indivisionLes deux épouxVente, rachat de soulte ou maintien en indivision
Concession pour nécessité absolue de serviceL'agent seulL'agent la garde tant qu'il occupe le poste
Occupation précaire avec astreinteL'agent seulMême règle, redevance à la charge de l'agent

Le cas du logement de fonction loué par bail

Dans le secteur privé et dans certaines collectivités, le logement accessoire au contrat de travail prend la forme d'un véritable bail. La solution se rapproche alors du droit commun : le bail est réputé appartenir aux deux époux et le juge peut en prononcer l'attribution du bail à l'un d'eux, en considération des intérêts sociaux et familiaux en cause. Le conjoint qui part reste tenu solidairement de payer le loyer et les charges jusqu'à la mention du divorce sur l'acte d'état civil, précise service-public.fr. Même attribué à l'ex-conjoint, le logement reste lié à l'emploi : si le contrat de travail de l'agent prend fin, l'employeur retrouve en principe la faculté de récupérer les lieux, et la jurisprudence n'a pas tranché toutes les questions que pose cette rencontre entre droit du travail et droit de la famille.

Quelles questions régler dans la convention de divorce ?

Dans un divorce par consentement mutuel, il n'y a pas de juge : ce sont les avocats de chaque époux qui rédigent la convention de divorce, déposée ensuite chez un notaire. Le sort du logement de fonction doit y être prévu noir sur blanc, car l'administration ne réglera rien à la place du couple. Les points à écrire :

  • la date à laquelle l'époux qui n'est pas agent quitte le logement, et les conditions de ce départ ;
  • la répartition des charges (énergie, taxe, redevance) jusqu'à cette date ;
  • la résidence des enfants et le montant de la pension alimentaire, fixés en tenant compte du nouveau lieu de vie ;
  • l'éventuelle prestation compensatoire, qui peut intégrer la perte d'un logement gratuit ou peu coûteux.

Dans un divorce contentieux (divorce pour faute, pour altération définitive du lien conjugal ou accepté), ces mêmes questions sont tranchées par le jugement. L'avocat de l'époux non agent a intérêt à demander un délai de départ suffisant et à faire valoir la perte du cadre de vie dans le calcul de la prestation compensatoire.

Conserver le logement ou partir : peser la situation financière

Avant de demander l'attribution du logement familial au JAF, chaque personne a intérêt à dresser un état précis de sa situation financière. Rester dans un logement de fonction jusqu'au prononcé du divorce évite un loyer, mais la charge financière de l'après arrive d'un coup : dépôt de garantie, frais d'agence, ameublement. La notion de besoin, au cœur de la prestation compensatoire, s'apprécie au jour du divorce ; un époux qui demeure dans un logement gratuit pendant deux ans voit parfois sa demande appréciée différemment.

Il faut donc consulter un avocat tôt, avant de divorcer dans l'urgence. Maître, notaire et conseiller en banque ne regardent pas la même chose : l'avocat protège les droits de la personne devant la justice, le notaire liquide le régime matrimonial et la propriété des biens, la banque mesure la capacité financière à emprunter seul. Un accord amiable sur la date de départ, fixé par écrit, donne à chacun le temps de s'organiser. Pour conserver le logement le plus longtemps possible, l'époux non agent doit aussi fournir au juge une information complète sur la scolarité des enfants, son emploi et ses revenus. Le conjoint dirigeant d'entreprise ou salarié d'une société commerciale ne relève pas des mêmes règles : son logement de fonction dépend d'un contrat de droit privé, et la notion de concession administrative ne s'applique pas.

Se reloger après la séparation : les démarches à lancer tôt

Le conjoint qui quitte un logement de fonction part souvent sans solution. Il perd un logement gratuit ou à redevance réduite, alors que sa situation financière change : une seule rémunération, parfois une pension à verser. Les démarches se préparent avant le prononcé du divorce, pas après.

Si l'époux qui part est lui-même fonctionnaire, il peut solliciter les logements réservés par son administration et déposer une demande de logement social en tant que fonctionnaire, en signalant la séparation, qui compte parmi les situations examinées en priorité par les commissions d'attribution. Si l'agent logé est celui qui part (le juge ayant attribué la jouissance à l'autre pendant la procédure), il doit prévenir son service : une concession pour nécessité absolue de service suppose en principe que l'agent loge sur place, et une absence prolongée peut remettre en cause l'attribution.

Dans tous les cas, un avocat en droit de la famille aide à articuler ces contraintes, car une erreur de calendrier coûte cher : un départ trop tôt peut affaiblir une demande de résidence des enfants, un départ trop tard peut exposer à une indemnité d'occupation.

Mari, épouse, enfants : ce que l'on rencontre en pratique

Les dossiers que traitent les cabinets d'avocats spécialisés en droit de la famille se ressemblent souvent. Le cas le plus fréquent : le mari est gendarme ou gardien, logé par nécessité de service, et sa femme, salariée du privé, a construit sa vie autour de ce logement. Au moment de divorcer, elle découvre qu'elle n'a aucun droit propre sur les lieux. La notion de logement de la famille la protège pendant la procédure, pas au-delà. Maître ou juge le rappellent en des termes proches : la protection suit le mariage, la concession suit la fonction.

Le cas inverse existe aussi. L'épouse est directrice d'école ou cadre hospitalière logée, le père des enfants travaille à proximité. Si le juge confie la résidence des enfants au père, la mère agent garde le logement de fonction, et c'est le père qui doit trouver une maison ou un appartement. Chaque personne concernée doit alors mesurer les conséquences de cette décision sur sa situation financière : loyer à payer, dépôt de garantie, parfois un crédit à solliciter auprès d'une banque.

Troisième situation : le couple possède aussi un bien immobilier, résidence secondaire ou future résidence de retraite. Le partage des biens porte alors sur ce bien commun, que l'un peut racheter en versant une soulte à l'autre (en communauté, cette soulte correspond en principe à la moitié de la valeur nette du bien), tandis que le logement de fonction reste hors du partage. Vendre le logement de fonction est impossible : il n'appartient pas au couple. Cette distinction est au cœur de nombreux avis de justice rendus par le tribunal judiciaire.

Dernier point de pratique : un divorce amiable reste la voie la plus rapide pour organiser le départ. Par consentement mutuel, les époux fixent eux-mêmes la date de sortie, sans attendre un jugement. Quand l'accord est impossible, la jurisprudence de la Cour de cassation et les arrêts des cours d'appel servent de précédent : le choix du juge s'appuie sur l'intérêt des enfants, la capacité de chacun à se reloger et la nature du titre d'occupation. Un congé ou une disponibilité de l'agent pendant la procédure peut aussi faire tomber la concession, ce qui mérite un conseil technique avant toute démarche.

Séparation et logement de fonction devant le juge

Mon conjoint peut-il me mettre dehors du logement de fonction avant le divorce ?

Non, tant que le mariage dure, le logement de fonction reste le logement de la famille et aucun époux ne peut en expulser l'autre. Seul le juge aux affaires familiales, saisi d'une demande en divorce, peut attribuer la jouissance du logement à l'un des deux et fixer un délai de départ.

Le juge peut-il attribuer le logement de fonction à l'époux qui n'est pas agent ?

Pendant la procédure, il peut lui en attribuer la jouissance provisoire, notamment dans l'intérêt des enfants. Après le divorce, la concession reste personnelle à l'agent : l'administration n'est pas liée par une attribution au profit de l'ex-conjoint.

Faut-il payer une indemnité d'occupation dans un logement de fonction ?

Le juge décide si la jouissance est gratuite ou onéreuse. Quand l'époux qui reste dans les lieux n'est pas celui qui supporte la redevance, une indemnité peut être fixée entre époux, à régler lors de la liquidation du régime matrimonial.

Que devient le logement de fonction si l'agent est muté pendant le divorce ?

La concession prend fin avec la fonction qui la justifiait. La famille doit libérer les lieux, même si la procédure n'est pas terminée ; le juge en tient compte pour organiser la résidence des enfants et la contribution de chacun.

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